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  Architecture de l'île d'Ogoz

Introduction

Il est rare que l'on puisse atteindre à pied sec les ruines du château et de la bourgade d'Ogoz en empruntant, en période de basses eaux, l'ancien chemin les reliant à Pont-en-Ogoz. Mais on n'y accède plus comme jadis par une porte fortifiée. Généralement, les visiteurs arrivent au milieu de la place principale de la bourgade disparue, à quelques mètres de la chapelle. De là, un chemin pédestre conduit vers le haut en direction de l'emplacement du château où tout à coup se détache la silhouette des deux tours conservées. Il ne reste pratiquement rien des autres bâtiments du château. On devine à quelques endroits la présence du mur d'enceinte.

La restauration entreprise il y a 50 ans a malheureusement modifié le site par des adjonctions et des constructions de murs. Ainsi, il n'est plus possible de comprendre dans quel ordre les différents murs ont été construits. Il est toutefois clair que les deux tours sont plus anciennes que tous les murs qui ont un rapport avec elles. Les différentes structures de construction des tours montrent qu'elles n'ont pas été construites à la même époque et qu'elles ne sont pas l'oeuvre des mêmes constructeurs. Mais nous ne savons pas laquelle des deux est la plus ancienne.

Le château   

Si l'existence du château n'est signalée pour la première fois qu'en 1231, sa construction pourrait remonter au début du XIIIe siècle. Malgré les fouilles et les relevés réalisés en 1946/47, il n'est pas possible d'en avoir une idée exacte. La construction des donjons jumeaux ainsi que d'autres bâtiments, interprétés comme une troisième voire une quatrième tour, a peut-être été entreprise à la suite du morcellement du domaine en coseigneuries.

Aujourd'hui, on distingue encore clairement sur chacune des deux tours l'entrée surélevée originelle. Il est en effet habituel que les tours des châteaux ne soient accessibles que par un escalier extérieur en bois. Sur la plus grande tour qui se trouve au sud, on distingue les étages grâce aux traces des balcons et des planchers visibles dans l'appareil du mur.

Une grande partie des pierres de molasse et de tuf de la façade extérieure des deux tours a été enlevée et réutilisée comme matériau de construction en dehors du site. Il ne reste donc que les parties inférieures des bâtiments, lesquelles étaient restées inaccessibles jusqu'à la restauration. On peut y déceler clairement les différentes phases de construction. Il suffit de comparer le mode de construction des murs des deux tours. Ainsi, sur la tour sud, on est frappé par la présence exceptionnelle de cavités en forme de canaux: à cet endroit se trouvaient autrefois des poutres insérées dans les murs comme pour donner plus de solidité aux murs fraîchement édifiés.

Photo: Jean-Claude Mora

La légende

Une légende prétend qu'amoureux de la même femme, deux seigneurs de Pont auraient tenté de se départager en diverses joutes. Personne ne l'emportant, ils auraient finalement décidé de se livrer duel. Le vainqueur resterait maître de la seigneurie et épouserait la belle qui, l'apprenant, se serait jetée entre les deux combattants pour les séparer. Tout à leur combat, ils l'auraient transpercée de leur épée. Inconsolables, ils décidèrent de ne plus se quitter et de construire en souvenir de leur promise, un château à deux tours. En fait, le mode de construction prouve qu'elles ne sont pas contemporaines.

On peut encore clairement reconnaître une maison d'habitation à plusieurs étages au pied de la tour nord. Un large escalier court le long de la tour et fait un angle en direction du lac. Par un escalier en bois, aujourd'hui disparu, on accédait à la pièce inférieure suivante dont les murs sont très bien conservés. Il faut remarquer encore la présence de deux niches en encorbellement dans le mur situé en amont. On peut encore distinguer les départs de deux fenêtres qui donnaient vers le soleil couchant: il s'agissait certainement d'une des plus belles salles du château.

Photo: Service archéologique cant. Fribourg

La chapelle

Située à l'extrémité méridionale de l'île, la chapelle Saint-Théodule se dressait autrefois sur la pente entre le château et le bourg. Probablement contemporaine du château et déjà signalée en 1226, elle servait d'église pour les habitants du domaine de Pont. A l'intérieur se trouve encore un retable dont la partie centrale date du début du XVIIIe s., alors que l'encadrement Régence/rococo pourrait dater du milieu du XVIIIe s.

L'édification de la partie centrale du retable est attribuée à Jean Ulrich Gottrau, propriétaire du domaine de Pont-en-Ogoz dès la fin du XVIe s. En effet, une sentence de 1626 lui attribue l'entretien de la chapelle et son patronage et mentionne qu'il avait déjà fait réaliser d'importants travaux pour une somme de 2000 livres. Cette somme devait comprendre entre autres la confection du retable avec ses statues et ses seize tableaux, et la fonte de la cloche datée 1602 portant le nom du donateur et de sa femme Marie Erhart.

Photo: Gilbert Fleury

Des statues (Objets précieux) occupaient cinq niches cintrées et dans les carrés aujourd'hui vides étaient encastrés seize tableaux. Tous ces éléments ont été enlevés avant 1930, date de l'article de Tobie de Raemy et date approximative de la photo de H. Reiners (ci-dessous). Une photo du début du XXe s. prise par Max de Techtermann les montrait encore in situ.


Photo: H. Reiners, avant 1930. Service des biens culturels.

L'encadrement Régence du retable a dû être commandé vers 1740 par Marie-Ursule et Marie Marguerite von der Weid, dont le nom et les armoiries étaient encore visibles à l'époque où le retable était encore intact. Les deux donatrices étaient les soeurs des cinq propriétaires indivis du domaine de Pont: Jean-Jacques-Joseph, François-Joseph, Jean-Emmanuel, Jean-Pierre et Jean-Antoine von der Weid.

Le bourg

Le bourg, de taille modeste, puisqu'il ne comprenait qu'une trentaine de maisons, se trouvait sur le plateau en contrebas du château. Les maisons occupaient le contour de la presqu'île, en bordure de la falaise, et le centre du plateau. En 1617 déjà, aucune n'était plus habitée. Depuis 1505, le château servait d'ailleurs de carrière, ce qui explique son état actuel.

 

 
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